D. Développement des compétences sociales

 

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« Est considéré comme vraiment compétent, celui qui, dans un domaine donné, peut affronter efficacement une situation inattendue. »

Bernard Rey (2012)

 

Introduction et buts

L’école, en particulier la classe, est un lieu collectif de vie, une microsociété, dans laquelle chacun doit apprendre à trouver sa place et à coopérer pour partager au mieux cet espace commun. C’est pourquoi l’institution scolaire a une mission manifeste d’éducation, comme le précise le Plan d’études romand (PER).

L’écoute et le respect réciproque, la reconnaissance et l’expression maîtrisée de ses émotions, la régulation constructive des conflits sont autant de compétences à acquérir pour permettre de bien vivre ensemble, de créer un climat favorable aux apprentissages cognitifs et d’améliorer l’estime de soi. Quatre approches peuvent être utilisées de manière complémentaire :

  • apprentissages intégrés dans les heures de cours, par exemple en lien avec certaines disciplines telles que l’histoire ou le français, en relation avec le travail coopératif demandé aux élèves, au sein d’un conseil de classe ou d’école ;
  • activités spécifiques de formation pour les élèves (p. ex. développer la capacité d’empathie) ;
  • activités faisant partie d’un projet de classe ou d’école (p. ex. préparation d’un spectacle ou d’une exposition, parrainage entre élèves, projet pédagogique) ;
  • activités spécifiques de formation pour les professionnels dans l’établissement pour disposer d’outils, de démarches pédagogiques qui leur permettent de former les élèves à leur tour.

 

Déroulement pratique

Les compétences sociales interviennent dans toutes les relations interpersonnelles. Elles peuvent donc être mobilisées et s’exercer au cours de n’importe quel moment de travail collectif. Par exemple, lors de la mise en commun des solutions que chacun a pu trouver pour résoudre un exercice de mathématiques, il est possible d’apprendre à communiquer de manière constructive : formuler clairement sa pensée, écouter activement les solutions proposées par ses camarades, argumenter sur sa démarche, ne pas juger celle des autres, accepter des solutions différentes, etc. Ces compétences doivent être explicitées par l’enseignant afin de permettre aux jeunes apprenants de les conscientiser, car elles ne sont pas innées mais se construisent grâce à l’étayage des adultes.

Ces compétences peuvent également être expérimentées de manière plus organisée à travers, par exemple, une démarche collective touchant, autant que faire se peut, l’ensemble de l’établissement, par souci de cohérence. Il est possible dans ce cas de s’appuyer sur un programme de formation structuré qui s’articule sur de courtes séquences hebdomadaires thématiques.

En ce qui concerne les enseignants, une formation dans le domaine peut présenter deux objectifs :

  • le développement des compétences utiles pour le quotidien, par exemple en gestion de conflit;
  • l’acquisition d’outils et de démarches pédagogiques qui leur permettent de former les élèves à leur tour.

Il est aussi possible – en complément des activités menées par l’enseignant – de développer ces compétences sociales à travers des interventions spécifiques assurées par des intervenants spécialisés (qui peuvent p. ex. utiliser des outils particuliers ou des méthodes comme le théâtre interactif ou des expositions). Faire appel à des intervenants externes ne signifie pas faire l’économie de ces apprentissages au quotidien ni déléguer l’enseignement de ces apprentissages.

 

Facteurs clés de succès

Il est important que les enseignants soient conscients de leur rôle éducatif dans l’accompagnement de ces compétences et se sentent à l’aise avec la démarche entreprise et avec les outils employés pour les développer. Par ailleurs, il est souhaitable qu’une telle démarche s’inscrive dans un projet d’établissement et/ou dans un programme pédagogique d’ensemble, partagé par une majorité d’enseignants, afin de garantir une certaine cohérence éducative. Un moyen d’y parvenir consiste à penser les activités menées dans le cadre du plan d’études et à prévoir dans l’année un temps de partage d’expériences entre professionnels de l’école.

En ce qui concerne des interventions plus spécifiques, animées pour les élèves par des intervenants extérieurs, il est également recommandé que l’enseignant soit partie prenante de la démarche et qu’il puisse la soutenir et la renforcer après l’intervention.

Les compétences sociales se développent dans la durée. Il est profitable de régulièrement favoriser la mobilisation et la stimulation des compétences acquises et leur entraînement au quotidien.

 

Risques et difficultés

Il ne s’agit pas d’appliquer à la lettre un programme préétabli, mais plutôt d’accompagner les élèves dans la prise de conscience et le développement de leurs compétences relationnelles, d’interagir avec eux, en participant activement à la démarche, tout en gardant sa position d’adulte.

Constance et cohérence dans les modes de communication et de gestion des conflits utilisés au quotidien sont indispensables, au risque de perdre toute crédibilité auprès des élèves dans le cas contraire.

Il apparaît que tous les élèves ne sont pas en mesure de développer les mêmes compétences en même temps. Certains ont donc besoin d’un soutien et de mesures plus importantes (différenciation pédagogique).

Si la formation des professionnels peut être assurée par des animateurs externes, il est coûteux d’envisager la formation des élèves de la même manière. On cherchera donc en général à s’appuyer sur les professionnels formés au sein même de l’école pour aider les élèves à développer leurs propres capacités relationnelles.

 

En résumé

Les compétences socio-relationnelles sont indispensables à la vie en commun pour maintenir une bonne cohésion sociale. Elles sont également utiles au niveau personnel, par exemple pour les apprentissages cognitifs ou l’estime de soi. Elles peuvent se développer à l’occasion de toute activité d’expression orale, ou s’appuyer sur des interventions spécifiques ou un programme plus organisé. Elles nécessitent cohérence et participation active de l’enseignant, qui peut montrer l’exemple dans le mode de relations qu’il établit avec les élèves, tout en y gagnant en autorité.

Les résultats obtenus par les écoles qui ont développé de façon large la formation aux compétences de communication et de gestion de conflits montrent que les élèves et les enseignants parviennent à gérer une majorité de différends sur le mode gagnant-gagnant.

Le recours à des actions disciplinaires (punitions) devient nettement plus rare.

Les comportements violents tendent à diminuer.  Restent  des  différends  et conflits que l’on peut résoudre par la communication et la négociation.

 

Exemples de thèmes qui peuvent être abordés dans des activités spécifiques visant à développer les compétences de communication

Pour les plus jeunes :

  • les sentiments (« gai comme un pinson », « une peur bleue ») ;
  • la connaissance de soi et de l’autre (« je connais tes qualités », « semblables et différents ») ;
  • le règlement (« les consignes », « pas de justice sans règles ») ;
  • la résolution de problèmes (« gérer un conflit sur le mode de coaching gagnant-gagnant »).

Pour les plus grands :

  • une réflexion sur les pressions (« publicité et liberté de choisir », « l’affirmation de soi ») ;
  • les conduites d’aide et de solidarité (« être médiateur »).

Fortin, J. (2001)

 

Etapes dans la recherche d’un accord négocié

  • discussion préalable de la démarche et des « règles du jeu » ;
  • information et écoute réciproque sur les faits et les vécus subjectifs ;
  • expression des besoins et intérêts de chaque personne ;
  • recherche de pistes de solutions et expression des propositions de part et d’autre ;
  • évaluation des solutions et définition d’un accord.


Référence

Fortin, J. (2001). Mieux vivre ensemble dès l’école maternelle. Paris : Hachette Education.